Les Maisons Familiales Rurales de Vendée
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LA FORMATION PAR ALTERNANCE

Gérer les paradoxes de la formation alternée : L’expérience des Maisons familiales rurales


Gérer les paradoxes de la formation alternée : L’expérience des Maisons familiales rurales

Article publié dans la revue « L’enseignement technique » n°235 du 3ème trimestre 2012

Le dimanche 29 septembre 1935 après-midi, trois paysans et un curé de campagne syndicaliste, dans un petit village du Lot-et-Garonne, formalisent de façon simple et pragmatique les bases éducatives de ce qui deviendra plus tard les fondements du mouvement des Maisons familiales rurales :

- Une semaine par mois les jeunes iront suivre des cours à la Maison familiale puis durant trois semaines, ils participeront aux activités de l’exploitation agricole des parents qui s’engagent à les accompagner et à leur laisser du temps pour réaliser des exercices plus théoriques. Ils inventent alors une formation alternée dans la vie et par la vie, qui permet de rattacher les études à une expérience professionnelle vécue.

- Après la période de stage dans l’entreprise familiale, les adolescents resteront toute la semaine à la Maison familiale, en internat. Étant, par nature, un milieu différent de celui d’origine, ce séjour à l’école constituera une ouverture sur l’extérieur ainsi qu’un rouage important dans les apprentissages sociaux où l’éducation humaine sera privilégiée.

- Ces quatre personnes font le pari que cette alternance entre la vie en entreprise et la réflexion à la Maison familiale agira directement sur l’évolution de leur milieu socio-économique.


Progressivement, dans les années 1950, inspirée, en partie, par les travaux de L’École nouvelle*, la conception de l’alternance des Maisons familiales se précise* : chaque jeune est d’abord amené à s’engager durant le stage dans un travail professionnel, en situation réelle, pour lui permettre d’agir, d’être reconnu, d’acquérir un statut et de prendre sa place dans le monde. Il réfléchit ensuite à sa pratique et observe son environnement, avec l’aide des adultes qui l’entourent (création du cahier d’exploitation et du plan d’étude avec l’idée de mise en recherche, dans l’entreprise certes mais plus généralement dans la vie quotidienne). Les jeunes posent des questions aux adultes qui les entourent : parents, professionnels, formateurs… Ce n’est plus le maître qui interroge, c’est l’adolescent qui interpelle les aînés. En classe, cette réalité du terrain va être décryptée et analysée. Cette analyse favorise la distanciation nécessaire (la mise en commun est une animation pédagogique où les jeunes comparent, discutent, échangent sur leurs recherches). Enfin, un plan de formation donne un sens général, organise la répartition des activités de l’élève dans le temps et l’espace, dans l’entreprise et à l’école, de manière thématique (un thème fédérateur structure une période d’alternance) afin d’avoir une approche systémique et globale.


De cette capitalisation d’expériences et d’acquis sur près de 80 ans, les Maisons familiales rurales insistent sur quatre aspects fondamentaux :

- Le savoir est d’abord le savoir du jeune qu’il importe de prendre en compte en se référant à ses projets et à ses activités. Dans tous les cas, la pratique (et le questionnement, l’étonnement, la curiosité, l’envie de faire…) précède la théorie. Le travail devance l’étude et non pas l’inverse (de la main à l’idée). Cette mise en situation sur le terrain (l’alternance : pédagogie du réel et de l’action) -et la production de savoirs qui en résulte- favorise l’acquisition des connaissances. Là où l’école traditionnelle est un lieu d’accumulation des savoirs, l’alternance est un processus vivant et efficace d’intégration des connaissances !

- La relation entre le vécu dans l’entreprise et la formation à l’école requiert des mécanismes nécessairement construits. L’articulation des différents espaces temps de l’alternance demande des activités pédagogiques précises (carnet de liaison, enquête, mise en commun, temps d’accueil après une phase de stage, préparation du prochain séjour en stage…) qui permettent d’organiser la continuité de la formation dans une discontinuité d’activités (gestion des ruptures). Ces dispositifs ne valent que s’il existe une équipe éducative formée à l’alternance et capable de faire le lien entre les différents partenaires de la formation (visite des maîtres de stage ou d’apprentissage, rencontre des parents), d’ordonner cette dernière par thème et de l’optimiser avec des intervenants, des visites, des sorties culturelles…

- Tous les acteurs concernés par la formation travaillent en commun, chacun à sa place dans le rôle qui est le sien, au service du même projet. Les échanges entre jeunes, familles, formateurs, adultes présents dans l’entreprise (l’alternance : pédagogie de la rencontre) sont essentiels et permettent l’évolution de l’apprenant et celle, en parallèle, de toute la communauté éducative qui a le même but : celui de la réussite de la personne en formation.

- La formation technique, générale, humaine et citoyenne sont étroitement associées. Mettre en synergie, et non en opposition, les dimensions professionnelles et générales de l’enseignement, faire en sorte que la formation globale d’un jeune le prépare à vivre avec d’autres, solliciter sa responsabilité et son sens de la solidarité, encourager la vie de groupe, dans un environnement de qualité, sécurisant, à taille humaine, encourager sa mobilité sur l’espace européen et son ouverture au monde, privilégier la notion de compétence et de professionnalisme à celle de métier, lui permettre de prendre conscience de son environnement et de l’intérêt d’inscrire sa citoyenneté dans une logique de développement durable… tels sont les axes à privilégier, au-delà de toute formation technique. À travers cette formation globale, chaque jeune est appelé à se construire professionnellement et socialement.


Ainsi, la solide expérience des Maisons familiales rurales nous apprend que la formation alternée n’est pas seulement un procédé de formation ou un moyen d’insertion parmi d’autres. C’est un concept complexe qui suppose de gérer un certain nombre d’oxymores : celui de la production et de la formation, celui de la rupture et de la continuité, celui du travail manuel et du travail intellectuel, celui de la formation professionnelle et de la formation générale, celui du projet personnel et de l’engagement citoyen, celui du professeur et de l’animateur, celui du conservatisme et de la révolution… En un mot l’alternance renverse, cul par-dessus tête, nos vieux paradigmes éducatifs et bouscule nos vieilles certitudes.


Faut-il en avoir peur ? Non bien au contraire !


La formation par alternance porte en elle, dans sa conception et ses pratiques, les germes d’une véritable rénovation de l’École.
L’alternance à condition qu’elle soit pensée dans une globalité et avec, en toile de fond, une ambition sociétale- peut nous aider à réfléchir à une éducation impertinente et sans cesse renouvelée, la seule qui vaille !
 


* École nouvelle : courant pédagogique qui défend le principe d’une participation active des individus à leur propre formation. L’apprentissage, avant d’être une accumulation de connaissances, doit avant tout être un facteur de progrès global de la personne. Pour cela, il faut partir de ses centres d’intérêt et s’efforcer de susciter l’esprit d’observation et de coopération.
* Une méthode active d’apprentissage agricole, les cahiers de l’exploitation familiale, André Duffaure et Jean Robert, Paris, Éditions EAM, 1955, 247 p.



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